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Jeudi matin, Colin retourna à la bibliothèque et poursuivit ses recherches dans les archives sur microfilms du journal local. Il n’étudiait que deux parties dans chaque édition : la première page et la liste des admissions et renvois des hôpitaux. Il lui fallut néanmoins plus de six heures pour trouver ce qu’il cherchait.
Un an jour pour jour après le décès de sa petite sœur, Roy Borden fut admis au Santa Leona General Hospital. L’entrefilet d’une ligne dans l’édition du 1er mai du Atews Register ne précisait pas la nature de sa maladie ; cependant, Colin était persuadé que cela avait un rapport avec l’étrange accident dont Roy avait refusé de parler, la blessure qui lui avait laissé de si terribles cicatrices dans le dos.
Le nom inscrit immédiatement en dessous de celui de Roy sur la feuille des admissions était Helen Borden. Sa mère. Colin resta longtemps à fixer cette ligne, étonné. À cause des cicatrices qu’il avait vues, il s’attendait à trouver le nom de Roy tôt ou tard, mais l’apparition de celui de sa mère le surprenait. Elle et son fils avaient-ils été blessés dans le même accident ?
Colin rembobina le film et examina minutieusement chaque page des 30 avril et 1er mai. Il cherchait le récit d’un accident de voiture, d’une explosion, d’un incendie, ou d’une sorte d’accident dans lequel les Borden auraient été impliqués. Il ne trouva rien.
Il se repassa de nouveau le film, termina cette bobine et quelques autres, mais ne découvrit que deux bribes d’information supplémentaires, la première étant plutôt déconcertante. Deux jours après son admission au Santa Leona General, Mrs Borden fut transportée dans un hôpital plus important, St. Joseph, dans le chef-lieu du comté. Colin s’interrogea sur le motif de son transfert, et ne vit qu’une seule explication. Elle avait dû être si grièvement blessée qu’il lui fallait des soins très particuliers, un traitement spécifique que le Santa Leona General, plus petit, ne pouvait dispenser.
Il ne trouva rien de plus sur Mrs Borden, mais il apprit que Roy avait passé exactement trois semaines à l’hôpital de la ville. Quelle que fût la cause des blessures de son dos, elles étaient manifestement très graves.
À cinq heures moins le quart, ayant terminé avec le microfilm, il alla au bureau de Mrs Larkin.
— Ce nouveau roman de Arthur C. Clarke vient juste de rentrer, dit-elle avant que Colin n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Je l’ai déjà enregistré à votre nom.
Il n’avait pas véritablement envie du livre immédiatement, mais il ne voulait pas paraître ingrat. Il le prit et regarda la jaquette des deux côtés. « Merci beaucoup, Mrs Larkin. »
— Faites-moi savoir ce que vous en pensez.
— Je me demandais si vous pourriez m’aider à trouver deux livres de psychologie.
— Quel genre de psychologie ?
Il cligna des paupières. « Il en existe plus d’une sorte ? »
— Eh bien, répondit-elle, sous l’appellation courante, nous avons des livres de psychologie animale, psychologie de l’éducation, vulgarisation de la psychologie, psychologie industrielle, psychologie politique, la psychologie des personnes âgées, des jeunes, la psychologie freudienne, jungienne, la psychologie générale, la psychologie anormale…
— La psychologie anormale. Oui. C’est là-dessus que je dois m’informer. Mais je voudrais aussi deux ouvrages grand public pour m’expliquer le fonctionnement de la pensée. En fait, je voudrais savoir pourquoi les gens font les choses qu’ils font. J’aimerais prendre un livre qui couvre les éléments de base. Quelque chose de facile, pour débutants.
— Je crois qu’on va trouver ce qu’il vous faut.
— Je vous en serais très reconnaissant.
Il la suivit en direction des piles tout au bout de la pièce. « Est-ce une autre idée pour l’école ? » demanda-t-elle.
— Oui.
— La psychologie anormale n’est-elle pas un sujet plutôt difficile pour un élève de troisième ?